Résumé rapide
Il y a très longtemps, alors que le Pekuakami était beaucoup plus grand et plus profond qu'aujourd'hui, un immense castor nommé Mishtamishk avait construit un barrage si puissant que les terres environnantes furent inondées. Un grand chasseur, Mishtanapeu, entreprit alors de le poursuivre. Une ancienne légende ilnue où l'animal, l'eau et le territoire sont intimement liés.
Il y a très longtemps, le Pekuakami était beaucoup plus grand et beaucoup plus profond qu'il ne l'est aujourd'hui.
À cette époque lointaine, aucun Ilnu ne s'était encore installé sur ce territoire.
Mais un être extraordinaire y vivait déjà.
Il se nommait Mishtamishk, le castor géant.
Mishtamishk - Le castor géant
Avec sa famille, Mishtamishk avait construit sa cabane près des eaux du Pekuakami. Comme tous les castors, il avait aussi élevé un barrage. Mais celui-ci était immense.
À mesure que le barrage retenait l'eau, le niveau du lac montait.
Les terres autour du Pekuakami furent peu à peu recouvertes et le territoire environnant se retrouva inondé.
C'est alors qu'arriva Mishtanapeu, un Ilnu de stature imposante et un grand chasseur.
Mishtanapeu avait entendu parler de ce castor gigantesque que personne n'avait réussi à capturer.
Mishtamishk était rusé et connaissait parfaitement les eaux dans lesquelles il vivait.
Malgré cela, Mishtanapeu décida de partir à sa recherche.
Lorsqu'il aperçut enfin le castor, il se lança à sa poursuite.
Mishtamishk retourna vers son barrage.
Arrivé sur place, Mishtanapeu prit sa hache de pierre et commença à frapper l'ouvrage construit par le castor.
Il réussit à ouvrir une brèche.
Aussitôt, l'eau accumulée derrière le barrage commença à s'écouler avec force.
Mishtamishk et sa famille comprirent qu'ils devaient fuir.
Mais Mishtanapeu les attendait près du passage.
Le castor géant retourna donc dans les eaux du lac et attendit.
Mishtanapeu, de son côté, faisait continuellement le tour du Pekuakami, craignant que Mishtamishk ne trouve une autre façon de s'échapper.
Il marcha si longtemps qu'il finit par être épuisé.
Il revint alors près du barrage brisé pour reprendre ses forces.
Peu à peu, le sommeil l'emporta.
Pendant ce temps, l'eau du lac continuait de baisser.
Mishtamishk savait qu'il devait agir rapidement.
Le castor géant demanda alors l'aide du rat musqué.
Il lui demanda d'aller vérifier si Mishtanapeu dormait réellement.
Le rat musqué nagea jusqu'au barrage et aperçut le chasseur étendu sur le sol.
Mais il voulait être certain que son sommeil était profond.
Il plongea alors plusieurs fois dans l'eau, produisant du bruit autour de lui.
Mishtanapeu ne bougea pas.
Le rat musqué retourna aussitôt auprès du castor géant.
Le passage était libre.
Mishtamishk nagea jusqu'au barrage.
Avant de passer près du chasseur endormi, il recouvrit Mishtanapeu de boue.
Puis il passa par-dessus lui et se laissa emporter par le courant.
Le castor géant descendit la rivière jusqu'à un endroit où les eaux étaient plus profondes et plus larges.
Lorsque Mishtanapeu se réveilla, il comprit immédiatement ce qui venait de se produire.
Couvert de boue, il se leva et se lança de nouveau à la poursuite du castor.
Plus loin en aval, il aperçut une caverne creusée dans une falaise. Un endroit parfait pour qu'un castor puisse se cacher.
Mishtanapeu réussit à forcer Mishtamishk à retourner dans l'eau.
Le castor reprit sa fuite vers l'aval.
Alors, dans un dernier effort, Mishtanapeu saisit une immense pierre.
Il la souleva et la lança de toutes ses forces vers Mishtamishk.
Mais la pierre manqua le castor.
Mishtamishk poursuivit sa fuite.
Quant à l'immense pierre, elle demeura là où elle était tombée.
Selon la légende, elle s'élève encore aujourd'hui en aval de la rivière, à l'endroit même où Mishtanapeu tenta d'atteindre le castor géant.
Et c'est ainsi que parlaient les anciens.
Garder un lien avec le territoire
Dans cette légende, l'eau transforme le territoire, ouvre des passages et trace de nouveaux chemins.
Cette relation entre la terre, l'eau et les matières naturelles se retrouve aussi dans les créations inspirées du territoire.
Une légende profondément liée au Pekuakami
Contrairement à un récit situé dans un lieu indéfini, l'histoire de Mishtamishk est directement liée au Pekuakami.
Le lac, son niveau d'eau, les terres qui l'entourent et la rivière par laquelle le castor prend la fuite occupent une place centrale dans le récit.
Le territoire n'est donc pas seulement le décor de l'histoire.
Il fait partie de l'histoire elle-même.
Le castor comme transformateur du territoire
Le castor possède une particularité remarquable : il peut modifier physiquement son environnement.
En construisant des barrages, il change la circulation de l'eau et transforme les espaces qui l'entourent.
Dans la légende, cette capacité est amplifiée jusqu'à devenir gigantesque.
Le barrage de Mishtamishk est tellement important qu'il fait monter le niveau du Pekuakami et inonde les terres voisines.
L'animal devient ainsi une force capable de façonner le paysage.
Mishtanapeu et la poursuite du castor géant
Mishtanapeu est décrit comme un Ilnu imposant et un grand chasseur.
Pourtant, sa force ne suffit pas à lui assurer la victoire.
Mishtamishk utilise son intelligence, sa connaissance de l'eau et même l'aide d'un autre animal, le rat musqué, pour lui échapper.
Le récit oppose ainsi deux forces différentes : la puissance du chasseur et la ruse du castor.
Quand une légende explique le paysage
La fin du récit est particulièrement importante.
L'immense pierre lancée par Mishtanapeu ne disparaît pas simplement de l'histoire.
Elle demeure dans le territoire.
La légende relie ainsi un élément visible du paysage à un événement du temps ancien.
Ces récits permettent de regarder un lac, une rivière, une falaise ou une pierre autrement : le territoire devient porteur de mémoire.
Une légende transmise par Jack Germain
La version française de cette légende a été transmise par Jack Germain.
Elle a été conservée dans l'album Legends of the Ilnuatsh from Mashteuiatsh, Québec / Légendes des Pekuakamiulnuatsh.
Sa transmission permet encore aujourd'hui de découvrir un récit où les animaux, l'eau et les formes du territoire appartiennent à une même histoire.